Compilation de Richter sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt

November 2017

La vigueur de l’économie américaine et la position modérée de la Banque du Canada font la vie dure au dollar canadien

La Banque du Canada a publié, le 25 octobre dernier, son rapport sur la politique monétaire dans lequel elle a annoncé qu’elle avait revu à la hausse ses prévisions relatives à la croissance de l’économie canadienne, qui se chiffrent à 3,1 % cette année et à 2,1 % en 2018, principalement en raison du rythme soutenu de la croissance au cours du premier semestre de l’année. Toutefois, malgré la vigueur de l’économie et la hausse du taux d’inflation, la Banque du Canada a fermé la porte à d’autres hausses de taux. Le gouverneur Poloz a souligné plus particulièrement que l’économie réagit vivement à des hausses de taux d’intérêt compte tenu des niveaux d’endettement actuels. De plus, la possibilité que des mesures protectionnistes en matière de commerce soient adoptées constitue la plus grande source d’incertitude, ce qui vient jeter de l’ombre sur les prévisions.

Comme l’indique la Banque Nationale, le huard a perdu 2,5 % par rapport au dollar américain en octobre, ce qui constitue sa plus piètre performance mensuelle cette année, malgré la remontée des prix du pétrole. De plus, la Banque Scotia prévoit une baisse de la valeur du huard, en invoquant un resserrement monétaire graduel au Canada et les hausses de taux de plus en plus probables aux États-Unis. La CIBC partage l’opinion de la Banque Scotia et indique que la valeur du huard s’amenuisera à mesure que l’espoir des marchés de voir la Banque du Canada hausser les taux d’intérêt fléchit alors que l’année tire à sa fin. Dans l’ensemble, les banques sondées s’entendent toutes sur les prévisions à court terme pour la paire de devises ¢ US/CAD. Elles sont aussi nombreuses à avoir revu à la baisse leurs cibles pour la fin de 2017 afin de tenir compte de la faiblesse du huard.  

La BCE entame une réduction modérée des mesures d’accommodation

Lors d’une rencontre tenue le 26 octobre dernier, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle prolongerait son programme d’assouplissement quantitatif, mais qu’elle passerait de 60 milliards d’euros d’achats d’actifs mensuels à 30 milliards d’euros de janvier à septembre. En plus de préciser ses intentions relativement à son bilan, la BCE a réitéré que les taux directeurs demeureront vraisemblablement les mêmes, bien après le régime minceur qu’elle s’impose à l’égard des achats d’actifs nets. Malgré cette position modérée, le président de la BCE, M. Mario Draghi, a souligné, avec enthousiasme, que l’expansion économique dans la zone euro continuait de gagner en force et de se propager.

La Banque Nationale mentionne que l’Euro a été anéanti par le prolongement des mesures d’assouplissement quantitatif. Elle s’attend donc à ce que la devise perde du terrain pour un deuxième mois de suite depuis octobre. La Banque Nationale et Desjardins s’entendent pour dire que les guerres commerciales entre l’Union européenne et le Royaume-Uni découlant du Brexit constituent une préoccupation. Selon ces banques, les différends pourraient nuire sérieusement à la zone euro, voire à l’économie mondiale. La CIBC se montre plus optimiste quant à l’Euro : elle indique que l’annonce sur le prolongement du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE fait en sorte que les marchés se concentrent dorénavant sur le moment de la première hausse de taux, ce qui pourrait être bénéfique pour la devise. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent pas sur la valeur future de l’Euro. La CIBC établit ses prévisions à 62,0 ¢ EUR/CAD d’ici la fin de 2018, alors que RBC prévoit plutôt que la paire de devises se négociera à 72,0 ¢ EUR/CAD pour la même période.

 Statu quo pour la Banque du Canada, hausses probables pour la Réserve fédérale américaine

La Banque du Canada a annoncé le 25 octobre dernier qu’elle n’apporterait aucune modification à sa politique monétaire. Par conséquent, les banques sondées, mis à part Desjardins, s’entendent pour dire que la Banque du Canada ne décidera pas, lors de la prochaine rencontre du 6 décembre, de relever les taux d’intérêt. Aux États-Unis, Jerome Powell vient d’être nommé président de la Réserve fédérale américaine. Les marchés ne s’attendent toutefois pas à de grands changements d’orientation pour la Fed, car la nomination de M. Powell est considérée comme prudente. Le nouveau président devrait suivre les traces de Mme Yellen. La prochaine hausse de taux de la Réserve fédérale américaine devrait survenir le 13 décembre, soit au même moment que le début du rétablissement de son bilan. BMO souligne que ce recul temporaire par rapport à la politique signifie que la Fed redouble de prudence face à la gestion de deux programmes de normalisation de la politique monétaire à la fois. 

Stabilité relative des rendements des obligations d’État de deux ans aux États-Unis; révisions à la baisse pour celles du Canada

La hausse des taux par la Fed prévue en décembre se fait déjà sentir sur le rendement des obligations d’État de deux ans. Les prévisions sont donc demeurées sensiblement les mêmes. La Banque Nationale soutient qu’il est de plus en plus probable que le taux d’inflation aux États-Unis grimpe à des niveaux supérieurs aux prévisions des marchés, ce qui sous-entend que les rendements augmenteront au cours des prochains mois. Au Canada, comme la Banque du Canada a adopté une attitude modérée par rapport à celle de la Fed, la majorité des banques sondées ont revu à la baisse le rendement des obligations canadiennes de deux ans pour la fin de 2017. RBC conserve les estimations les plus optimistes en ce qui concerne les rendements des obligations canadiennes et américaines : elle prévoit des rendements de respectivement 2,45 % et de 2,70 d’ici la fin de 2017.

 

Baisse du rendement des obligations du gouvernement du Canada de 10 ans, alors que celui des obligations américaines correspondantes se maintient, voire augmente

Le rendement des obligations du gouvernement américain de 10 ans continue d’augmenter, alors que celui des obligations canadiennes correspondantes est inférieur aux prévisions établies au préalable. La Banque Nationale attribue cette baisse à la croissance au ralenti au cours du troisième trimestre, combinée à l’attitude modérée de la Banque du Canada et à des déficits budgétaires inférieurs aux attentes. Au 14 novembre, le taux de rendement des obligations américaines de 10 ans se chiffrait approximativement à 2,4 %, en hausse de 0,20 % par rapport aux taux de septembre, tandis qu’au Canada, le taux de rendement des obligations correspondantes atteignait 1,98 %, en baisse de 0,18 % par rapport aux taux de septembre. Selon les banques sondées, le taux de rendement des obligations d’État de dix ans du Canada devrait atteindre entre 2,25 % et 3,05 % alors que celui des obligations du Trésor américain de 10 ans devrait atteindre entre 2,70 % et 3,40 % d’ici la fin de 2018. 

Stabilité relative des taux pour les obligations d’État à long terme tant au Canada qu’aux États-Unis

Les banques ont apporté très peu de changements à leurs prévisions pour les obligations d’État à long terme depuis la compilation du mois dernier. Dans l’ensemble, conformément à ce qu’elles avaient prédit au cours des mois précédents, les banques sondées s’entendent pour dire que le rendement des obligations d’État à long terme augmentera progressivement tout au long de 2018. RBC présente les taux les plus optimistes en ce qui concerne les obligations canadiennes et américaines : elle prévoit des rendements de respectivement 3,30 % et de 3,75 d’ici la fin de 2018.

 

 

* Les dates de publication (incluses dans la note de bas de page) sont les suivantes :

Données réelles :

  • Taux d’intérêt au Canada : 14/11/2017
  • Taux d’intérêt aux États-Unis : 14/11/2017
  • Taux de change : 14/11/2017

 Publications des banques :

  1. RBC : 03/11/2017
  2. CIBC : 23/10/2017
  3. Banque Scotia : 03/11/2017
  4. BMO : 08/11/2017
  5. Banque Nationale : novembre 2017
  6. Banque TD : 26/10/2017
  7. Desjardins : 23/10/2017

 * Remarque : Les prévisions de la Banque Laurentienne et de la CIBC relatives aux obligations d’État à long terme n’étaient pas disponibles au moment de la publication. *

 

 

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