Compilation de Richter sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt

Décembre 2017

La Banque du Canada s’attend à une croissance économique supérieure à son potentiel en 2018, mais demeure modérée

Sans surprise, la Banque du Canada a maintenu sa position modérée en laissant inchangé le taux du financement à un jour le 6 décembre dernier. Elle a invoqué la faiblesse du marché du travail et a laissé entendre qu’elle comptait demeurer prudente à l’égard d’autres hausses de taux, malgré le taux de chômage à 5,9 pour cent. Par la suite, le 14 décembre, M. Poloz, le gouverneur de la Banque du Canada, s’est quelque peu ravisé en déclarant que l’économie aura besoin de moins de stimulation monétaire au fil du temps. M. Poloz a pris soin de préciser qu’il faudra suivre de près la sensibilité de l’économie aux taux d’intérêt plus élevés, l’évolution de la capacité économique et la dynamique de la croissance des salaires et de l’inflation. À la suite du discours où on a laissé entendre une hausse des taux d’intérêt au premier trimestre de 2018, le dollar canadien s’est apprécié pour atteindre 77,9 ¢ US/CAD.

Comme l’indique BMO, la prudence de la Banque du Canada s’explique par les nouvelles règles qui s’appliqueront aux prêts hypothécaires résidentiels à compter du 1er janvier et les négociations de l’ALÉNA qui laissent entrevoir une issue moins favorable qu’initialement prévu. RBC partage les mêmes préoccupations au sujet de l’ALÉNA, mais demeure plus optimiste que BMO et s’attend à ce que le rendement décevant du huard par rapport au billet vert soit de courte durée et que la Banque du Canada recommence à hausser les taux au deuxième trimestre de 2018. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent pas sur la valeur future du dollar canadien; la Banque Nationale, BMO et CIBC prévoient que le dollar s’échangera entre 76,0 et 76,8 ¢ US/CAD d’ici la fin de 2018, alors que RBC, la Banque TD, la Banque Scotia, Desjardins et la Banque Laurentienne estiment que le dollar se situera entre 80,0 et 82,0 ¢ US/CAD à la même période.

La BCE termine l’année 2017 sur une note optimiste

Le 14 décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle ne modifierait pas sa politique monétaire et a réitéré qu’elle laisserait ses taux directeurs inchangés sur une période prolongée après ses achats d’actifs nets. La BCE a révisé à la hausse ses prévisions inflationnistes à 1,4 % pour 2018 et a relevé à 2,3 % ses prévisions du PIB en 2018 et à 1,9  % en 2019. M. Mario Draghi, le président de la BCE, a souligné qu’il s’attendait à une croissance économique continue dans la zone euro au troisième trimestre de 2017. En date de la présente publication, la paire de devises s’échangeait à 66,2 ¢ EUR/CAD.

BMO s’attend à ce que le président Draghi amorce, possiblement en septembre, la sortie du programme d’assouplissement quantitatif (QE) d’ici la fin de 2018. RBC ajoute sa voix aux préoccupations à l’égard du Brexit pendant que les négociations se poursuivent pour peaufiner les détails de la future entente commerciale, la croissance devrait vraisemblablement ralentir un peu. La Banque Nationale souligne que malgré un mois de novembre favorable pour l’euro, qui a enregistré son bond le plus important sur quatre mois, un resserrement important de la politique monétaire est peu probable dans un avenir rapproché en raison de la faiblesse soutenue de l’inflation. L’ensemble des banques sondées ne s’entendent pas sur l’avenir de l’euro d’ici la fin de 2018; CIBC avance un taux de 61,1 ¢ EUR/CAD et RBC, un taux de 72,0 ¢ EUR/CAD.

La Banque du Canada demeure conciliante (pour le moment); la Fed continue de remonter ses taux

Comme nous l’avons indiqué dans la publication du mois dernier, nous nous attendions à ce que la Banque du Canada maintienne son taux de financement à un jour à 1 %. Avec la forte impulsion de l’économie et le plein emploi sur le marché du travail, RBC s’attend à ce que l’inflation se maintienne autour de l’objectif de la Banque du Canada en 2018 et génère d’autres augmentations de taux. Étant donné le ton plus dur adopté récemment par le gouverneur Poloz, les banques interrogées surveillent la publication de données plus probantes.

Aux États-Unis, sans grande surprise, la Réserve fédérale a décidé de hausser de 0,25 % les taux de ses fonds fédéraux, ce qui constitue la troisième hausse de cet ordre depuis mars 2016. La prévision médiane du comité de politique monétaire de la Fed est de trois autres hausses de cet ordre en 2018. 

Rajustement à la hausse des taux de rendement des obligations d’État de deux ans aux États-Unis; révision à la baisse pour celles du Canada

En septembre, la présidente, Mme Yellen, a adopté un ton plus agressif qui s’est traduit par une hausse des rendements des obligations d’État de deux ans. Comme l’a fait remarquer Desjardins, l’augmentation importante des rendements des obligations d’État de deux ans aux États-Unis s’explique par le resserrement attendu de la politique monétaire. Au Canada, CIBC estime que les rendements des obligations du gouvernement du Canada devraient être supérieurs au cours de la deuxième moitié de 2018, étant donné qu’il n’y a pas de hausse du déficit fédéral à financer. Dans l’ensemble, étant donné le durcissement de ton de la Réserve fédérale et le message conciliant de la Banque du Canada, les banques sondées prévoient un rajustement à la baisse des rendements des obligations d’État de deux ans au Canada et un rajustement à la hausse des rendements des obligations d’État de deux ans aux États-Unis. 

Le rétrécissement de l’écart des taux de rendement entre les obligations d’État de deux ans et de 10 ans soulève des inquiétudes chez les économistes

Les rendements des obligations d’État de 10 ans ont reculé malgré la hausse des taux par la Fed, rétrécissant l’écart par rapport aux obligations de deux ans. Comme l’ont fait remarquer la Banque TD et la Banque Nationale, le rendement sur 10 ans est pratiquement le même qu’à la fin de l’année 2016. Cette tendance est à noter, car historiquement, une courbe de taux inversée (lorsque le rendement des obligations d’État de deux ans est plus élevé que celui des obligations de 10 ans) a précédé chaque ralentissement économique au cours des 50 dernières années. Pour cette raison, il sera bon de surveiller si l’aplatissement et l’inversion possible de la courbe des rendements persistent. Selon les banques sondées, le taux de rendement des obligations du gouvernement canadien de 10 ans devrait atteindre entre 2,25 % et 2,85 %, alors que celui des obligations du Trésor américain de 10 ans devrait atteindre entre 2,70 % et 3,30 % d’ici la fin de 2018. 

Rajustement à la baisse des taux des obligations d’État à long terme tant au Canada qu’aux États-Unis

Desjardins remarque que les rendements des obligations d’État à long terme aux États-Unis ne reflètent pas adéquatement l’état de l’économie américaine et la possibilité de durcissement monétaire. BMO ajoute que les rendements des obligations d’État à long terme aux États-Unis continueront de subir des pressions à la hausse attribuables à la tendance haussière des anticipations d’inflation générées par les mesures de relance budgétaire. L’ensemble des banques sondées conviennent que les rendements des obligations d’État au Canada et aux États-Unis augmenteront jusqu’à la fin de 2018. RBC présente les prévisions les plus élevées à l’égard des rendements des obligations d’État à long terme; selon elle, ils devraient atteindre 3,6 % aux États-Unis et 3,1 % au Canada d’ici la fin de 2018.

 

  

 

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